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je viens de créer un nouveau blog entièrement consacré à l’agenda du cinéma de patrimoine en France. Pour des informations sur les reprises au cinéma, les festivals, les sorties DVD, les émissions de radio, les livres, visitez http://actuclassic.blogs.allocine.fr/

un nouveau blog
2 février , 2009
Les 5000 doigts du docteur T
6 août , 2008
Les cinq mille doigts du docteur T (The Five-Thousand Fingers of Dr T, 1953) est une curiosité à découvrir si vous avez conservé une part d’enfance en vous. C’est un film culte des deux côtés de l’Atlantique depuis plus de cinquante ans, une anomalie du film de studio sortie de nulle part. Le critique Jean-Claude Romer a affirmé qu’il ne connaissait pas de plus beau film sur l’enfance. Des créateurs comme Philippe Découflé ou Tim Burton ont pillé l’univers visuel du film. Comment ne pas déceler son influence dans Charlie et la chocolaterie par exemple?
C’est un film pour enfants, mais aussi une comédie musicale et même une oeuvre engagée! L’histoire est celle d’un jeune garçon, Bart, qui s’ennuie ferme pendant ses leçons de piano. Il se laisserait bien aller à la rêverie, mais son professeur cherche à faire de lui un petit génie du clavier, à force de discipline et de réprimandes. En mère de famille modèle, sa maman l’encourage à persévérer. Un jour, malgré sa bonne volonté, Bart s”endort face à son piano. Il se réveille dans un château aux décors délirants, prisonnier du docteur T., un mégalomane (qui a les traits de son prof de piano) qui rêve d’y organiser un gigantesque concert où 500 jeunes pianistes interprèteraient son concerto!
Filmé régulièrement en contre-plongée et salué par des mains tendues géantes, ce docteur T fait immanquablement penser à Hitler! Dans l’inconscient de Bart, il semble être l’ennemi, celui qui a provoqué la mort de son père lors de la Seconde guerre mondiale.
Le travail sur les décors est absolument prodigieux. Bart erre d’une salle de concert où serpente un piano aux dimensions colossales jusqu’à une prison au sous-sol où vivent les “non piano players” bannis par le docteur T. Dans ces décors expressionnistes (on songe souvent par exemple au cabinet du docteur Caligari ), Bart est pourchassé par des jumeaux se déplaçant en patins à roulettes et qui cherchent à stopper sa course grâce à leur barbe(!). Le film est ainsi d’une imagination débordante, truffé de trouvailles visuelles. Il paraît tourné sous l’influence de substances euphorisantes et un étudiant psychanalyste pourrait bien passer une quinzaine d’années à peaufiner sa thèse sur le sous-texte du film.
On pourra seulement regretter qu’entre les morceaux de bravoure ( les poursuites à travers le palais , le ballet des “non piano players”), le film nous inflige les face à face lénifiants entre Bart l’orphelin et le gentil plombier qu’il rêve de voir épouser sa mère. Face à l’audace de cet hommage à l’enfance, cette sorte d’Alice au pays des merveilles anti-fasciste qui recèle des moments d’une grande poésie, on reste ainsi bouche bée avant de réprimer un baîllement dans le même quart d’heure. Vous êtes tenté?
Le ballet des “non piano players”: à voir absolument!
La bande-annonce du film :
Bart découvre la salle au piano :

L’étrangleur de Rillington Place
6 août , 2008Londres dans les années 1940. John Christie vit avec sa femme au 10, Rillington place dans un immeuble sans charme. Cet employé des Postes au physique ingrat souffre de pulsions meurtrières et assassine des jeunes femmes avant de les violer post-mortem. Un jour, un jeune couple , Timothy et Beryl Evans, vient s’installer au-dessus de chez les Christie. Beryl tombe enceinte mais en proie à des difficultés financières, le couple décide de ne pas garder l’enfant. Christie propose d’aider Beryl à avorter illégalement…

L’étrangleur de Rillington Place est fondé sur des faits réels, les agissements criminels d’un des pires tueurs en série que l’Angleterre ait connu. John Christie asphyxiait ses victimes au monoxyde de carbone avant de les violer. Il cachait leurs corps dans l’immeuble. La découverte de ses meurtres se fit de la manière la plus banale qui soit : les nouveaux locataires de son appartement, indisposés par une odeur très forte, découvrirent des corps en putréfaction cachés derrière un simple papier peint… Après l’arrestation de Christie, la place fut débaptisée tant son nom était devenu synonyme d’horreur. Les retombées de l’affaire contribuèrent à la suspension de la peine de mort dans le pays : Evans, condamné à mort quelques années auparavant, n’était sans doute pas le meurtrier de sa femme et de son enfant. Richard Fleischer en semble en tout cas convaincu. C’est la seule interprétation qu’il s’autorise dans un film qui choisit ouvertement la voie documentaire pour retracer une partie du parcours criminel de Christie. Le film est de ce point de vue d’une grande rigueur narrative, la mise en scène de Fleischer se bornant à enregistrer les faits de la manière la plus neutre possible. Pas d’effets visuels ici (à l’inverse de ce que Fleischer avait tenté trois ans auparavant dans l’étrangleur de Boston en utilisant le fameux split screen, l’écran divisé en deux que populariseront Woodstock, puis Brian de Palma) mais une description minutieuse des gestes de Christie par lesquels sa sauvagerie meurtrière se manifeste.
Le film est d’un réalisme particulièrement lourd et poisseux. C’est une oeuvre maîtrisée qui impressionne par la rigueur de ses choix esthétiques : atonie des couleurs, absence de musique. Attenborough est glacant face à un John Hurt au regard apeuré. Fleischer décrit une nouvelle fois la banalité du mal, thème récurrent de ce qu’il faut bien se résoudre à appeler une oeuvre. Richard Fleischer était un metteur en scène capable de se frotter à tous les genres, du péplum (Barrabas) au film d’aventures (Vingt mille lieues sous les mers, les Vikings), du film de science-fiction (Soleil vert) au thriller (l’énigme du Chicago-express). Ce côté caméléon peut expliquer qu’on continue à le traiter parfois avec condescendance : “faiseur”, “honnête artisan” sont des expressions qui reviennent encore régulièrement à son propos. Pourtant, Rillington est signé d’un véritable auteur. Une réussite.




