
Valse avec Bachir : je me souviens
9 juillet , 2008Ari est un ancien réserviste de l’armée israélienne qui a participé à l’invasion du Liban à l’été 1982 . Une nuit, un ami vétéran lui raconte le cauchemar qui le hante chaque nuit depuis son retour: une meute de chiens aux yeux jaunes vocifère au pied de son immeuble après avoir semé la panique à travers la ville. Toutes les nuits, il compte et recompte les chiens : ils sont vingt-six, comme les vingt-six chiens qu’il a abattus pendant la guerre. Parce qu’il était incapable de tirer sur un être humain, le chef de sa section lui avait intimé l’ordre de tuer les chiens dans les villages que la troupe inspectait pour préserver l’effet de surprise.

Ari, le réalisateur-narrateur, n’a quant à lui, jamais eu ce genre de flash-back. C’est parce que le souvenir de la guerre semble s’être effacé de sa mémoire qu’il part à la rencontre de ses anciens compagnons d’armes. Valse avec Bachir raconte cette (en)quête qui permet le retour du refoulé : Ari est bientôt assailli par des flash-back, dont l’un, énigmatique, paraît avoir un rapport avec le massacre des camps de Sabra et Chatila perpétré par les phalangistes chrétiens avec la complicité de l’armée israélienne. Quel rôle Ari a -t-il vraiment joué dans le déroulement de cette tragédie?
Dès les premières minutes, Valse avec Bachir , du réalisateur israélien Ari Folman séduit par sa forme hybride mêlant documentaire et fiction, chronique de guerre et journal intime. Ce dessin animé stylisé, à la fois hyper-réaliste (avec une immersion au coeur des combats qui rappelle Full metal jacket de Kubrick) et ménageant des échappées vers le rêve ne s’interdit aucune forme de narration pour recomposer le puzzle de la mémoire. Le récit est haletant, puissant, rythmé par les souvenirs des combattants, leurs rêves et joue habilement des ruptures entre récit intime et scènes d’actions. Les rêves sont particulièrement bien rendus : corps de soldats sortant de l’eau au ralenti dans un Beyrouth nocturne éclairé par une lumière ocre, femme protectrice venant sauver le soldat du yacht qui le conduit à la guerre, une impression de flottement, une sensation cotonneuse…
Folman est le porte-voix d’une génération d’Israéliens marquée par la “sale guerre” libanaise et le traumatisme de la complicité de Tsahal lors les massacres des camps de Sabra et Chatila. Son film peut aussi se lire comme une thérapie de groupe sur grand écran. Accumulant les témoignages plus poignants les uns que les autres, il dresse enfin un réquisitoire anti-guerre qui s’adresse en particulier aux spectateurs les plus jeunes:”la guerre n’a rien à voir avec la bravoure” ne cesse de répéter Folman dans toutes ses interviews.
Et en effet, les témoins du film sont très vite confrontés à l’horreur et vont tenter avant tout de survivre. Disparaît brutalement l’insouciance des volontaires à peine sortis de l’adolescence s’amusant et dansant sur un yacht au son d’Enola Gay d’OMD. Sur le front, pas de camaraderie ou si peu. La guerre se traverse en solitaire et le soldat ne rencontre que l’indifférence lorsqu’il revient à l’arrière à l’occasion d’une permission. Quand Valse à Bachir nous plonge au coeur des affrontements, le dessin animé parvient à faire ressentir l’effroi d’une fusillade. Nous sommes ballotés au coeur de l’action par une mise en scène très physique, tremblant pour cette troupe qui avance, apeurée, sur un boulevard désert, devenue une cible mouvante pour les snipers palestiniens. La musique envoûtante de Max Richter ajoute à la réussite d’un projet qui a demandé quatre ans de travail et plus de 2000 dessins.
Crédits photographiques: le Pacte
Voici la bande-annonce du film:
Fiche technique:
Waltz with Bashir (Valse avec Bashir)
Réalisé par : Ari FOLMAN
Pays : ISRAEL, FRANCE, ALLEMAGNE
Année : 2008
Durée : 87 minutes
Fiche technique :
Réalisateur : Ari FOLMAN
Scénario : Ari FOLMAN
Image : David POLONSKI
Son : Aviv ALDEMA
Montage : Nili FELLER
Animation : Yoni GOODMAN
Musique : Max RICHTER



