
L’étrangleur de Rillington Place
6 août , 2008Londres dans les années 1940. John Christie vit avec sa femme au 10, Rillington place dans un immeuble sans charme. Cet employé des Postes au physique ingrat souffre de pulsions meurtrières et assassine des jeunes femmes avant de les violer post-mortem. Un jour, un jeune couple , Timothy et Beryl Evans, vient s’installer au-dessus de chez les Christie. Beryl tombe enceinte mais en proie à des difficultés financières, le couple décide de ne pas garder l’enfant. Christie propose d’aider Beryl à avorter illégalement…

L’étrangleur de Rillington Place est fondé sur des faits réels, les agissements criminels d’un des pires tueurs en série que l’Angleterre ait connu. John Christie asphyxiait ses victimes au monoxyde de carbone avant de les violer. Il cachait leurs corps dans l’immeuble. La découverte de ses meurtres se fit de la manière la plus banale qui soit : les nouveaux locataires de son appartement, indisposés par une odeur très forte, découvrirent des corps en putréfaction cachés derrière un simple papier peint… Après l’arrestation de Christie, la place fut débaptisée tant son nom était devenu synonyme d’horreur. Les retombées de l’affaire contribuèrent à la suspension de la peine de mort dans le pays : Evans, condamné à mort quelques années auparavant, n’était sans doute pas le meurtrier de sa femme et de son enfant. Richard Fleischer en semble en tout cas convaincu. C’est la seule interprétation qu’il s’autorise dans un film qui choisit ouvertement la voie documentaire pour retracer une partie du parcours criminel de Christie. Le film est de ce point de vue d’une grande rigueur narrative, la mise en scène de Fleischer se bornant à enregistrer les faits de la manière la plus neutre possible. Pas d’effets visuels ici (à l’inverse de ce que Fleischer avait tenté trois ans auparavant dans l’étrangleur de Boston en utilisant le fameux split screen, l’écran divisé en deux que populariseront Woodstock, puis Brian de Palma) mais une description minutieuse des gestes de Christie par lesquels sa sauvagerie meurtrière se manifeste.
Le film est d’un réalisme particulièrement lourd et poisseux. C’est une oeuvre maîtrisée qui impressionne par la rigueur de ses choix esthétiques : atonie des couleurs, absence de musique. Attenborough est glacant face à un John Hurt au regard apeuré. Fleischer décrit une nouvelle fois la banalité du mal, thème récurrent de ce qu’il faut bien se résoudre à appeler une oeuvre. Richard Fleischer était un metteur en scène capable de se frotter à tous les genres, du péplum (Barrabas) au film d’aventures (Vingt mille lieues sous les mers, les Vikings), du film de science-fiction (Soleil vert) au thriller (l’énigme du Chicago-express). Ce côté caméléon peut expliquer qu’on continue à le traiter parfois avec condescendance : “faiseur”, “honnête artisan” sont des expressions qui reviennent encore régulièrement à son propos. Pourtant, Rillington est signé d’un véritable auteur. Une réussite.

