Archive de la catégorie «cinema coréen»

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Ivre de femmes et de peinture

18 juillet , 2008

Ivre de femmes et de peinture est une biographie du peintre coréen Jang Seung-ub (surnommé Ohwon), grand buveur et amateur de kisaeng (sorte de geishas coréennes). Le film se déroule dans la seconde moitié du XIXè siècle, une époque politiquement troublée pour la Corée avec un mouvement réformiste qui espère mettre à bas l’organisation féodale de la société et avec de puissants voisins, la Chine et le Japon, qui veulent s’emparer du pays. 

Alors qu’Ohwon refusera tout au long de sa vie de mettre son art au service du cause (refusant par exemple de s’engager avec les réformistes), son oeuvre prendra une dimension politique à son corps défendant. Alors que le Japon s’apprête à occuper le pays, la peinture d’Ohwon demeure la “dernière flamme d’un pays qui s’éteint” : constitutive de l’identité coréenne, elle est appréciée dans toutes les couches sociales, elle console une population qui souffre (“Offrir du réconfort par la peinture et en recevoir à travers elle, c’est le destin du peintre”).

 

 Film sur l’acte de création, Ivre… tente de traduire en images les choix esthétiques du peintre. On ne peut s’empêcher de dresser ici un parallèle entre le parcours d’Ohwon et celui d’Im Kwon Taek, devenu un maître du cinéma mondial, auteur de 100 films à ce jour! Au cours de son apprentissage, Ohwon s’est attaché à copier les grands maîtres grâce à un sens exceptionnel de l’observation. Instants de contemplation intense d’une nature colorée ou minérale, vigueur du pinceau sur la toile, concentration extrême de l’artiste : le film dévoile magnifiquement l’acte de création. Ohwon devient célèbre grâce à la sensibilité avec laquelle il dépeint la faune et la flore qui l’entourent.

Mais chez un de ses maîtres, il apprend que représenter la nature telle qu’elle est n’est pas véritablement peindre. Que la véritable création est une re-création. Désormais, il veut que ses tableaux reflètent ses impressions, sa pensée au-delà de la forme. Mais accaparé par les commandes passées par les puissants, flatté d’être reconnu socialement, lui, le peintre roturier et sans culture, il lui faudra du temps et beaucoup de persévérance pour changer radicalement sa manière de peindre.  Ohwon se noie dans l’alcool, se bagarre, cesse de peindre avant de comprendre qu’il doit tout quitter pour se réinventer. A plusieurs moments au cours de son existence, il prendra ainsi la route de l’exil et Im Kwon Taek nous montre combien le grand artiste est toujours un solitaire, un être en quête d’absolu et en perpétuelle recherche parce que ”la répétition pour un artiste, c’est la mort”.  Ohwon sera ainsi éternellement insatisfait de ce qu’il produit. Ivre de femmes et de peinture  est une oeuvre sur la difficulté de l’acte de création, sur la quête de la perfection qui ne cesse jamais chez les grands artistes. Mais nous pouvons glisser à Im Kwon Taek que son film est un chef d’oeuvre, que son prix de la mise en scène à Cannes en 2002 est amplement mérité.  Notez que son nouveau film, Souvenir, sort en France le 23 juillet.

Crédits photographiques : http://www.chihwaseon.com/

Fiche technique:

Ivre de femmes et de peinture (Chihwaseon) (Corée du Sud – 2002)

Réalisé par Im Kwon-taek

Avec Choi Min-sik, Sung-Ki Ahn, You Ho-Jeong  

Durée : 1h 57min.

Genre : Drame, Biopic, Historique

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Printemps, été, automne, hiver … et printemps

9 juillet , 2008

Un temple bouddhiste flottant au milieu d’un lac entouré de montagnes. Un lieu isolé dont la beauté insolite est dévoilée en quelques plans fixes pleins de sérénité. C’est dans ce cadre enchanteur qu’un vieux moine tente d’éduquer un enfant. Au gré des saisons, le jeune garçon devenu adulte tentera de dompter ses instincts et d’atteindre une forme de sagesse… Au printemps, temps de l’apprentissage qui voit l’enfant comprendre peu à peu où le mène la cruauté de ses actes, succède l’été, saison du désir: le garçon a grandi et découvre les emportements de l’amour grâce à une jeune femme recueillie au temple. Lorsqu’à l’automne, il revient brisé auprès du maître qu’il avait abandonné, c’est la saison du désespoir et du remords, puis de la mélancolie et du renoncement. Meurtrier par amour, c’est au cours de l’hiver rédempteur que le pécheur deviendra lui-même maître zen au prix d’une solitude volontaire. Le nouveau printemps qui éclot est celui d’un recommencement…

 

 

Printemps, été, automne, hiver…et printemps est d’abord un film qui sidère par sa beauté plastique et la très grande harmonie qui s’en dégage. Mais Kim Ki-duk ne filme pas la belle image pour elle-même. Film sur l’harmonie et l’équilibre que l’homme cherche à atteindre, Printemps, été, automne, hiver…et printemps traduit en images une démarche spirituelle. Rigueur dans la composition des plans, harmonie chromatique, beauté des décors: la maîtrise technique est constante et impressionne.  Elle n’étouffe pas pour autant l’émotion qui surgit à plusieurs moments : la montée du désir entre les deux jeunes gens très bien rendue et le ballet amoureux (qui rappelle  Monika de Bergman ) ; la mort du maître, reclus volontaire et qui s’immole au milieu du lac, touche au cœur. Seule l’ascension de la montagne au chapitre “hiver” sombre dans la grandiloquence, peut-être car c’est finalement le seul moment du film où Kim Ki-duk oublie ses parti-pris, laissant la musique submerger l’image.

 

L’impression d’une profonde maîtrise est aussi renforcée par le découpage de la narration en cinq chapitres, par des effets d’échos habilement disposés tout au long du film (les deux “printemps” se répondant au début et à la fin du film étant l’écho le plus évident), par le choix d’ellipses audacieuses (une dizaine d’années semble séparer chacune des saisons du film). L’unité de lieu (le temple et ses alentours), les cinq actes et l’ouverture des portes qui indique le début de chacun des fragments rapprochent le film de la pièce de théâtre.

Kim Ki-duk a tenté le pari de traduire en images une vision bouddhiste de la vie: quête de l’homme pour trouver sa place au sein de la nature, déroulement cyclique du temps, morale de l’humilité, du renoncement aux biens matériels, dangers de l’amour conduisant à la jalousie et au meurtre (“la luxure crée le désir de posséder et cela peut engendrer une intention meurtrière ” prévient le maître). Morale bien pessimiste à laquelle Kim nous laisse libre de ne pas adhérer. Empreint de spiritualité, le film ne donne en effet jamais l’impression d’être prosélyte. Sa démarche peut faire penser à celle de cinéastes chrétiens comme Andreï Tarkovski (notamment aux dernières minutes de  Nostalghia où un personnage tente de maintenir une bougie allumée, écho du final de Printemps, été… qui voit le moine escalader une montagne avec difficulté pour en orner le sommet avec une statue de Bouddha). Reconnaissons cependant que la méditation n’atteint pas ici la dimension de celle de l’auteur d’Andreï Roublev.

 

 

Conte philosophique, merveille plastique, Printemps, été, automne, hiver…et printemps  est un ravissement pour les yeux et l’esprit.