Archive de la catégorie «cinéma français»

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Tess

25 juillet , 2008

Angleterre, fin du XIXè siècle. Dans un village du Dorset,  John Durbeyfield, un fermier alcoolique qui vit dans la misère, apprend un soir de la bouche du pasteur Tringham qu’il est le dernier représentant des d’Uberville, une illustre lignée d’aristocrates normands. Informée de la nouvelle, sa femme se souvient qu’une famille d’Uberville habite le manoir voisin de Trantridge. Elle y envoie Tess, sa fille aînée pour qu’elle y obtienne un travail en faisant valoir sa parenté . Mais elle ignore que les d’Uberville en question s’appelaient Stokes avant d’acheter leur titre nobiliaire …

Quand Roman Polanski entreprend de tourner Tess en 1978, il est dans une mauvaise passe. Sa vie personnelle est en pleine tourmente. L’année précédente, il a été emprisonné aux Etats-Unis, accusé de viol sur mineure. Il quitte précipitamment le pays dès sa libération et avant même son jugement. Il lui est interdit de revenir aux Etats-Unis sous peine d’arrestation immédiate. Sur le plan artistique, le Locataire, son adaptation pourtant brillante du roman de Roland Topor a été un échec public et critique. 

L’adaptation de Tess est un serpent de mer dans le monde du cinéma depuis le temps où Thomas Hardy avait cédé les droits de son roman au producteur d’Autant en emporte le vent, David O. Selznick. Un admirateur avait offert le roman à la compagne de Polanski dans les années 1960, l’actrice Sharon Tate, en lui disant qu’elle ferait une sublime Tess. Par intérêt pour le roman (un des sommets de la littérature anglaise selon lui) et par fidélité à Sharon, sauvagement assassinée en 1969 par la bande de Charles Manson, Polanski se lance à corps perdus dans l’aventure Tess.  « Après tant d’années, quand je vois un beau coucher de soleil, une jolie maison ancienne, quand je connais un quelconque plaisir visuel, quelque chose en moi me dit combien Sharon les aurait adorés. En cela, je lui demeurerai fidèle jusqu’au jour de ma mort. » ,confie-t-il dans son autobiographie.

Roman Polanski reconnaît aujourd’hui qu’il n’a pas tout de suite mesuré l’ampleur du projet et que s’il avait su les épreuves qu’il allait devoir essuyer, il aurait peut-être renoncé. Mais après tant de films décrivant l’absurdité de la condition humaine, il a envie de brosser une fresque romantique.  « J’aime les choses émouvantes ; je crois qu’il y a encore une belle part de romantisme polonais en moi.” Il s’attelle à l’adaptation du roman avec son complice Gérard Brach.

Le tournage de Tess dure huit mois. Le professionnalisme de Polanski, son souci de soigner chaque détail impressionnent l’équipe mais entraînent un important dépassement de budget. Les lieux de tournage son disséminés à travers la Bretagne et la Normandie, il faut recouvrir de terre des routes goudronnées, démonter des poteaux électriques, effacer toute trace du XXè siècle… Claude Berri, le producteur, apporte un soutien sans failles à Polanski, malgré les difficultés : « Je m’étais lancé là-dedans par admiration pour Polanski, par envie de produire un film international (….) Mais Tess a été un cauchemar, par moments. Quand je voyais les rushes, c’était un grand bonheur. Mais il y avait un budget pas très bien calculé, la grève de la SFP… A la fin de la première semaine, je n’avais pas de quoi faire la paie ! Angoisse… Mais j’avais des images extraordinaires ! » Tess coûtera au final cinquante millions de francs de l’époque.

Les relations se tendent entre le producteur et le metteur en scène à l’étape de la post-production : Berri veut un film de 2 heures 30 mais Polanski ne veut pas modifier son montage. Tess dure plus de 3 heures… Il est mal reçu par la critique et ne triomphe qu’en France. Les producteurs américains ne se bousculent pas pour l’acheter. C’est finalement un article de Charles Champton dans le Los Angeles Times qui va convaincre la Columbia. Le film finit par être nommé six fois aux Oscars et obtiendra trois prestigieuses statuettes (meilleure photo, meilleure direction artistique et meilleurs costumes). Roman Polanski obtient également deux Césars : meilleure réalisation et meilleur film.

Que penser de Tess trente ans après sa sortie?  Le film appartient à la veine des films classiques de Polanski, avec Le pianiste et Oliver Twist. La mise en scène est d’une grande sobriété, à tel point qu’il est bien difficile de reconnaître ici la patte de l’auteur de Répulsion , de Cul-de-sac ou du Locataire. Le cinéaste polonais s’est entouré de grands spécialistes et la qualité formelle du film est indéniable : décors, costumes, beauté de la photographie (on pense aux scènes champêtres en particulier).  Mais Tess étouffe parfois sous le poids de la reconstitution historique. La caméra, très pudique, et le jeu tout en retenue de Nastassia Kinski empêchent souvent l’émotion de véritablement nous étreindre. Au-delà de la fresque sentimentale et du magnifique livre d’images, le film se veut aussi critique sociale et dénonce en particulier la vulgarité des nouveaux riches.

 Citations issues de http://www.roman-polanski.net

Tess se rend chez les D’Ubberville et rencontre Alec  (en VO) :

 

Angel demande à Tess de l’épouser (en VO) :

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Anna M

18 juillet , 2008

Anna (Isabelle Carré) est une jeune femme en apparence douce et réservée qui travaille à la restauration de manuscrits à la Bibliothèque nationale. A la suite d’un accident, elle consulte à l’hôpital et fait la connaissance du docteur Zanevsky (Gilbert Melki). Immédiatement, elle va se persuader qu’il est amoureux d’elle. Anna est en fait une érotomane : elle est atteinte  de l’illusion délirante d’être aimée. Zanevsky est bientôt poursuivi par ses assiduités, elle le guette, le suit dans le métro, jusqu’au pied de son immeuble. Elle lui écrit des lettres passionnées, lui téléphone sans cesse, lui offre des cadeaux… Mais dans une librairie, n’a-t-il pas laissé en évidence ce passage du Cantique des Cantiques : “Je suis à mon bien-aimé, et lui aussi, c’est envers moi qu’il soupire.” C’est un signe, un appel.  Ainsi, à partir de gestes et de paroles mal interprétés,  Anna va croire en un amour partagé, d’abord dans l’espoir. Mais bientôt viendra le dépit, puis la haine…

 

 La scène d’ouverture d’ Anna M. traduit l’ambition du troisième long-métrage de Michel Spinosa qui s’est emparé d’un sujet fort qui avait intéressé en leur temps Clint Eastwood (Un frisson dans la nuit) ou François Truffaut (l’histoire d’Adèle H):  Anna découpe la page d’un manuscrit au scalpel. Elle observe à la loupe une reproduction de la leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp  de Rembrandt. Le film entend ainsi disséquer un cas psychiatrique, montrer comment se développe une psychose délirante.

 

La tension d’Anna M. est constante grâce à un montage nerveux digne d’un thriller. Le suspense naît aussi des réactions imprévisibles d’Anna. Le film la présente d’abord comme une jeune femme appliquée dans son travail, à l’allure de jeune fille sage, “un peu étudiante” comme en convient Zanevsky lors de leur première rencontre. Mais très vite, le spectateur comprend que sous cette apparence rassurante, Anna cache des réactions étranges : les érotomanes alternent ainsi les moments d’exaltation et d’inquiétude, d’emballement et d’abattement. Isabelle Carré joue à merveille cette fêlure : un débit un peu trop précipité, des gestes de nervosité.  Lors d’un tête à tête tendu avec Zanevsky qui veut en finir avec ce harcèlement, elle se fait tour à tour implorante, dépitée, cassante, hargneuse.  Et impressionne en étant constamment dans le ton juste, sans jouer l’hystérie, sans cabotiner.

 

Spinosa filme une jeune femme perdue dans des décors impersonnels ou trop grands pour elle (multiples plans de grilles, de colonnes, bientôt de stores dans une chambre d’hôpital), souvent seule dans le plan ou au milieu d’une foule anonyme. La maladie isole Anna du reste du monde. Les êtres deviennent des silhouettes sans visage (comme à l’hôpital) qui ne l’intéressent que s’ils peuvent la rapprocher de Zanovsky (le réceptionniste, l’agent de sécurité, le psychiatre…).  

Le crescendo du film est très habilement conduit. La musique de Ligeti accompagne la dérive d’Anna qui ne cesse de pénétrer plus avant dans l’intimité de Zanevsky. Les cadrages sont de plus en plus resserrés, le film se concentre sur les scènes d’intérieur et devient étouffant. Dans une dernière demi-heure très impressionnante, Anna M. est à la lisière du fantastique : Anna, silhouette fantomatique, se barricade dans une chambre d’hôtel après avoir perdu la trace de Zanevsky. Emmurée vivante, elle est littéralement happée par sa folie dans un moment très réussi qui fait songer au Répulsion de Polanski.   

Etude clinique montée comme un thriller, Anna M. est une réussite qui doit aussi beaucoup à la collaboration exemplaire d’un metteur en scène et de son actrice comme le montre les intéressants bonus du DVD.

Crédits photographiques: Diaphana films

Voici la bande-annonce du film:

 

Fiche technique:

Un film de Michel Spinosa

Avec : Isabelle Carré (Anna M.), Gilbert Melki (Dr André Zanevsky), Anne Consigny (Madame Zanevsky), Geneviève Mnich (La mère d’Anna), Gaëlle Bona (Eléonore).

 Production : EX NIHILO

Scénario & Réalisation : Michel Spinosa.

Image : Alain Duplantier.

Son : Pierre Mertens.

Décors : Thierry François.

Costumes : Nathalie Raoul.

Montage : Chantal Hymans.

 Producteur : Patrick Sobelman.

 Française – VF – 1 h 46 -