Anna (Isabelle Carré) est une jeune femme en apparence douce et réservée qui travaille à la restauration de manuscrits à la Bibliothèque nationale. A la suite d’un accident, elle consulte à l’hôpital et fait la connaissance du docteur Zanevsky (Gilbert Melki). Immédiatement, elle va se persuader qu’il est amoureux d’elle. Anna est en fait une érotomane : elle est atteinte de l’illusion délirante d’être aimée. Zanevsky est bientôt poursuivi par ses assiduités, elle le guette, le suit dans le métro, jusqu’au pied de son immeuble. Elle lui écrit des lettres passionnées, lui téléphone sans cesse, lui offre des cadeaux… Mais dans une librairie, n’a-t-il pas laissé en évidence ce passage du Cantique des Cantiques : “Je suis à mon bien-aimé, et lui aussi, c’est envers moi qu’il soupire.” C’est un signe, un appel. Ainsi, à partir de gestes et de paroles mal interprétés, Anna va croire en un amour partagé, d’abord dans l’espoir. Mais bientôt viendra le dépit, puis la haine…
La scène d’ouverture d’ Anna M. traduit l’ambition du troisième long-métrage de Michel Spinosa qui s’est emparé d’un sujet fort qui avait intéressé en leur temps Clint Eastwood (Un frisson dans la nuit) ou François Truffaut (l’histoire d’Adèle H): Anna découpe la page d’un manuscrit au scalpel. Elle observe à la loupe une reproduction de la leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp de Rembrandt. Le film entend ainsi disséquer un cas psychiatrique, montrer comment se développe une psychose délirante.
La tension d’Anna M. est constante grâce à un montage nerveux digne d’un thriller. Le suspense naît aussi des réactions imprévisibles d’Anna. Le film la présente d’abord comme une jeune femme appliquée dans son travail, à l’allure de jeune fille sage, “un peu étudiante” comme en convient Zanevsky lors de leur première rencontre. Mais très vite, le spectateur comprend que sous cette apparence rassurante, Anna cache des réactions étranges : les érotomanes alternent ainsi les moments d’exaltation et d’inquiétude, d’emballement et d’abattement. Isabelle Carré joue à merveille cette fêlure : un débit un peu trop précipité, des gestes de nervosité. Lors d’un tête à tête tendu avec Zanevsky qui veut en finir avec ce harcèlement, elle se fait tour à tour implorante, dépitée, cassante, hargneuse. Et impressionne en étant constamment dans le ton juste, sans jouer l’hystérie, sans cabotiner.

Spinosa filme une jeune femme perdue dans des décors impersonnels ou trop grands pour elle (multiples plans de grilles, de colonnes, bientôt de stores dans une chambre d’hôpital), souvent seule dans le plan ou au milieu d’une foule anonyme. La maladie isole Anna du reste du monde. Les êtres deviennent des silhouettes sans visage (comme à l’hôpital) qui ne l’intéressent que s’ils peuvent la rapprocher de Zanovsky (le réceptionniste, l’agent de sécurité, le psychiatre…).
Le crescendo du film est très habilement conduit. La musique de Ligeti accompagne la dérive d’Anna qui ne cesse de pénétrer plus avant dans l’intimité de Zanevsky. Les cadrages sont de plus en plus resserrés, le film se concentre sur les scènes d’intérieur et devient étouffant. Dans une dernière demi-heure très impressionnante, Anna M. est à la lisière du fantastique : Anna, silhouette fantomatique, se barricade dans une chambre d’hôtel après avoir perdu la trace de Zanevsky. Emmurée vivante, elle est littéralement happée par sa folie dans un moment très réussi qui fait songer au Répulsion de Polanski.
Etude clinique montée comme un thriller, Anna M. est une réussite qui doit aussi beaucoup à la collaboration exemplaire d’un metteur en scène et de son actrice comme le montre les intéressants bonus du DVD.
Crédits photographiques: Diaphana films
Voici la bande-annonce du film:
Fiche technique:
Un film de Michel Spinosa
Avec : Isabelle Carré (Anna M.), Gilbert Melki (Dr André Zanevsky), Anne Consigny (Madame Zanevsky), Geneviève Mnich (La mère d’Anna), Gaëlle Bona (Eléonore).
Production : EX NIHILO
Scénario & Réalisation : Michel Spinosa.
Image : Alain Duplantier.
Son : Pierre Mertens.
Décors : Thierry François.
Costumes : Nathalie Raoul.
Montage : Chantal Hymans.
Producteur : Patrick Sobelman.
Française – VF – 1 h 46 -




