L’architecte John Baxter (Donald Sutherland) et sa femme Laura (Julie Christie) s’exilent à Venise après la mort accidentelle de Christine, leur petite fille. Ils font la connaissance d’une étrange voyante qui leur révèle que Christine est parmi eux…
La première scène de Ne vous retournez pas laisse espérer le meilleur : dans leur maison de campagne, John et Laura conversent tranquillement. Dehors, Christine fait du vélo autour d’un étang. Cette quiétude va disparaître à mesure qu’un montage parallèle efficace va nous suggérer l’imminence d’un drame. Roeg joue à merveille avec des objets se faisant écho (le rouge de l’encre pénétrant la diapositive que John est en train d’étudier, le rouge du ciré et du ballon de Christine ; le verre du miroir brisé et de la loupe à travers laquelle John regarde ses diapositives). Un montage de plus en plus heurté nous mène à l’image terrifiante d’un petit corps sans vie au fond de l’eau. Voilà un moment de cinéma qui vous laisse le souffle coupé.

La suite m’a beaucoup moins convaincu. Certes, Nicholas Roeg parvient à créer un climat étrange dans une Venise fantomatique, aux ruelles vides et inquiétantes, à rebours des clichés. On pressent un dénouement dramatique et la scène finale ne déçoit pas. Mais l’intrigue se traîne, on ne sait ce qui justifie la durée du film. On regarde John et Laura dialoguer longuement pour savoir si Laura doit se rendre chez la voyante ; le couple se perd un soir dans les ruelles de Venise ; un tueur en série semble sévir le long des canaux… Tout cela est terriblement long et entre les scènes d’ouverture et de clôture du film, d’une si grande virtuosité, la mise en scène paraît bizarrement peu inspirée. Par moments, le film perd totalement son mystère et on imagine alors ce qu’un cinéaste comme Dario Argento aurait pu tirer d’un tel synopsis…
Pourtant, le film est suffisamment intriguant pour qu’on ait envie d’y revenir un jour.

