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Printemps, été, automne, hiver … et printemps

9 juillet , 2008

Un temple bouddhiste flottant au milieu d’un lac entouré de montagnes. Un lieu isolé dont la beauté insolite est dévoilée en quelques plans fixes pleins de sérénité. C’est dans ce cadre enchanteur qu’un vieux moine tente d’éduquer un enfant. Au gré des saisons, le jeune garçon devenu adulte tentera de dompter ses instincts et d’atteindre une forme de sagesse… Au printemps, temps de l’apprentissage qui voit l’enfant comprendre peu à peu où le mène la cruauté de ses actes, succède l’été, saison du désir: le garçon a grandi et découvre les emportements de l’amour grâce à une jeune femme recueillie au temple. Lorsqu’à l’automne, il revient brisé auprès du maître qu’il avait abandonné, c’est la saison du désespoir et du remords, puis de la mélancolie et du renoncement. Meurtrier par amour, c’est au cours de l’hiver rédempteur que le pécheur deviendra lui-même maître zen au prix d’une solitude volontaire. Le nouveau printemps qui éclot est celui d’un recommencement…

 

 

Printemps, été, automne, hiver…et printemps est d’abord un film qui sidère par sa beauté plastique et la très grande harmonie qui s’en dégage. Mais Kim Ki-duk ne filme pas la belle image pour elle-même. Film sur l’harmonie et l’équilibre que l’homme cherche à atteindre, Printemps, été, automne, hiver…et printemps traduit en images une démarche spirituelle. Rigueur dans la composition des plans, harmonie chromatique, beauté des décors: la maîtrise technique est constante et impressionne.  Elle n’étouffe pas pour autant l’émotion qui surgit à plusieurs moments : la montée du désir entre les deux jeunes gens très bien rendue et le ballet amoureux (qui rappelle  Monika de Bergman ) ; la mort du maître, reclus volontaire et qui s’immole au milieu du lac, touche au cœur. Seule l’ascension de la montagne au chapitre “hiver” sombre dans la grandiloquence, peut-être car c’est finalement le seul moment du film où Kim Ki-duk oublie ses parti-pris, laissant la musique submerger l’image.

 

L’impression d’une profonde maîtrise est aussi renforcée par le découpage de la narration en cinq chapitres, par des effets d’échos habilement disposés tout au long du film (les deux “printemps” se répondant au début et à la fin du film étant l’écho le plus évident), par le choix d’ellipses audacieuses (une dizaine d’années semble séparer chacune des saisons du film). L’unité de lieu (le temple et ses alentours), les cinq actes et l’ouverture des portes qui indique le début de chacun des fragments rapprochent le film de la pièce de théâtre.

Kim Ki-duk a tenté le pari de traduire en images une vision bouddhiste de la vie: quête de l’homme pour trouver sa place au sein de la nature, déroulement cyclique du temps, morale de l’humilité, du renoncement aux biens matériels, dangers de l’amour conduisant à la jalousie et au meurtre (“la luxure crée le désir de posséder et cela peut engendrer une intention meurtrière ” prévient le maître). Morale bien pessimiste à laquelle Kim nous laisse libre de ne pas adhérer. Empreint de spiritualité, le film ne donne en effet jamais l’impression d’être prosélyte. Sa démarche peut faire penser à celle de cinéastes chrétiens comme Andreï Tarkovski (notamment aux dernières minutes de  Nostalghia où un personnage tente de maintenir une bougie allumée, écho du final de Printemps, été… qui voit le moine escalader une montagne avec difficulté pour en orner le sommet avec une statue de Bouddha). Reconnaissons cependant que la méditation n’atteint pas ici la dimension de celle de l’auteur d’Andreï Roublev.

 

 

Conte philosophique, merveille plastique, Printemps, été, automne, hiver…et printemps  est un ravissement pour les yeux et l’esprit.