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Tropical malady : abyssal ennui

24 juillet , 2008

Tropical malady est le troisième long-métrage du cinéaste thaïlandais  Apichatpong Weerasethakul. La première partie du film est une chronique sentimentale autour des amours de Keng, le jeune soldat et de Tong, le garçon de la campagne. Le temps s’écoule, rythmé par les sorties en ville, une soirée karaoké et les soirées dans la famille de Tong. Pendant ¾ d’heure, le film ne nous montre rien de très passionnant hormis une jolie scène dans un bus avec un jeu de regards entre Tong et une jeune fille et quelques beaux instants entre les deux hommes assis côte à côte et s’abandonnant à la quiétude de la forêt. Après la séduction, les deux jeunes amoureux échangent des dialogues d’une miévrerie agaçante. On est prêt à demander grâce quand le film prend une direction inattendue.

La chronique cesse brutalement avec un plan qui voit Tong disparaître dans la nuit. Un nouveau générique apparaît : une seconde histoire débute! Intitulée “la voie de l’esprit”,  elle s’inspire des contes d’un certain Noi Inthanon. Un soldat (peut-être Keng) s’éveille un matin et entend qu’une vache a été tuée par une bête, peut-être un tigre. Une légende khmère raconte qu’un puissant chaman terrorisait des villages en prenant l’apparence de bêtes sauvages. Il fut finalement tué alors qu’il avait pris les traits d’un tigre. Depuis, son esprit y emprisonné. Avec peut-être la légende khmère en mémoire, le soldat s’enfonce dans la forêt à la recherche de l’animal.

L’immense talent graphique de Weerasethakul éclate dans cette deuxième partie: les plans sont admirablement composés et d’un équilibre parfait, la photographie de la forêt est magnifique. Las… le film redevient terriblement fastidieux. On attend avec une fébrilité grandissante le dénouement du conte. Méditation sur l’animalité de l’homme, le film semble montrer comment le soldat est tenté (tout comme l’homme-tigre qu’il poursuit) de s’abandonner à la tentation d’un retour à la vie sauvage. Le propos semble toutefois bien hermétique pour un spectateur occidental. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel.

Des critiques ont loué la force des parti-pris esthétiques du film : deux histoires dont on ne sait si elles ont un lien, sinon qu’elles sont jouées par les mêmes acteurs; une expérience sensorielle unique (elle ne m’a pas bouleversé mais peut-être parce que j’ai vu le film en DVD et pas en salle), le choix délibéré de la lenteur pour nous mettre en état de transe (mais cela m’a surtout plongé dans la torpeur).  J’ai trouvé que le film dilatait les scènes de manière bien trop ostensible, que la contemplation virait souvent à la pose. Mais peut-être n’ai-je rien compris. Le cinéma de Weerasethakul est-il génial ou esthétisant et prétentieux? Le temps et son œuvre à venir nous le diront. Par sa radicalité, il a au moins le mérite de réveiller les passions. Il serait quand même intéressant que ne sévissent pas trop souvent ces redoutables films de festival (le film a reçu le Prix du jury à Cannes en 2004) qui ont fait dire à un critique à Cannes à propos de ce Tropical malady que la Thaïlande disposait elle aussi d’ “armes de destruction massive”… Vous voilà prévenu.

La bande-annonce du film: